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Haïti/France/Diasporama : Lettre aux Intellectuel(le)s haïtien(ne)s de nulle part…

Written on:novembre 20, 2012
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Evenson Lizaire

NDLR.- Psychologue de formation (Université d’Etat d’Haïti), Evenson Lizaire est haïtien; actuellement il vit à Paris, France ; il est Détenteur d’un Master 2 en « Éducation, Formation et Intervention Sociale » de l’ Université Paris 13/Conservatoire National des arts et métiers.

Nous vous présentons avec plaisir son excellent  premier    texte sur le site de CANAL+HAÏTI: « L’ Agence Haïtienne de Nouvelles [A.H.N.]« . Savourez-le sans modération… mais avec méditation.

Bonne lecture !

 

 

Honorables Intellectuel(le)s,

 

Qu’il me soit permis de vous adresser ces quelques mots à ce moment précis de notre histoire de peuple, bien que le contenu de la présente, de par la prétention qui l’anime, se doive d’être vidé de tout caractère conjoncturel ou contextuel. Je voudrais au prime abord proposer à l’avance des éléments de réponse à une éventuelle objection qui pourra bien être articulée autour de ce terme fourre-tout __ Intellectuel/lle __ servant de label pour des gens qui sont à la recherche d’un prestige et d’une visibilité dans des micro-espaces ou/et macro-espaces où se joue perpétuellement le jeu de nos inter-influences et de nos rapports de forces  en tant qu’êtres humains dotés d’histoire, d’intérêts… de subjectivité à édifier. Les prémisses  émanant de ce point de vue ne signifient nullement que je sois en train de m’adresser à Monsieur/Madame tout le monde ; mes destinataires sont plutôt ceux et celles qui ont eu le privilège de pouvoir se former, en ont réellement profité et consenti d’énormes sacrifices pour apprendre à développer des savoirs et savoir-faire suivant un mode réflexif, c’est-à-dire dans la construction et la dé-re-construction de pensées, selon une perspective à la fois d’intelligibilité et d’action de transformation. N’y a-t-il pas dans le choix de mes destinataires une espèce d’arbitraire arrogant qui marche de pair avec des enjeux d’ordre social, politique et éthique ? Autrement dit, ne risque-je pas de sombrer dans une classification duale de la société haïtienne en créant une micro-catégorie d’intellectuel(le)s face à une population massivement exclue qui doit être dirigée suivant le cercle vicieux dominants-dominés ou savants-ignorants à consolider ? Vous verrez plus loin, Chers-Chères Intellectuel(le)s, pourquoi j’ai ce regard de vous et donc, la raison pour laquelle ce message vous est particulièrement destiné. En regardant de près votre agir sous la base de ce qui se passe actuellement dans le réel des faits marquant la dynamique socio-économique, culturelle et surtout politique d’Haïti, j’observe une certaine propension vers un silence qui ne fait que contenir ses dires ou, par moment, qui exprime tout bas ses vives émotions. Je parle de « tendance » juste pour laisser une certaine marge aux bruits des gestes que vous posez mais qui ne sont pas encore parvenus à mes oreilles, étant conscient de l’énormité de la sonorité de l’inacceptable dans le pays. Vu cette dite propension qui tend vers une généralisation froide, je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’entrer dans les détails d’une distinction à faire, suivant une vision et une démarche à filiation gramscienne, pour déterminer votre appartenance. Ce cadre de compréhension et d’interprétation est plutôt valable, à mon avis, dans un espace social et discursif où prédomine une dialectique des idées qui se croisent, se frappent, s’imbriquent et se séparent dans leur manière d’être mises en œuvre au cœur des pratiques sociales. Or, Honorables Intellectuel(le)s, il en va tout autrement dans ce pays, à ce que je sache. Voudrais-je signifier par là, une absence de production d’idées innovantes ou une inefficacité de votre part ? Même implicitement, une telle assertion ne saurait provenir de ma pensée, vu la fermeté de ma foi inconditionnelle dans les potentialités dont beaucoup d’entre vous ont fait et font encore montre. Au rebours, c’est paradoxal de le souligner, c’est justement parce que je suis conscient de votre pouvoir de pensée et d’action qu’il me revient de vous transmettre ce message gravitant autour de votre indifférence lancinante  face à notre déchéance collective.

 

Laissez-moi préciser, Honorables Intellectuel(le)s, que si je m’adresse à « vous », ce pronom ici employé est doté d’une inclusivité et d’une exclusivité dont l’enchevêtrement apparemment contradictoire mais compensatoire est en lien direct avec le but principal de mes propos et les logiques de pensée et d’attitude qui font que ceux-ci me paraissent pertinents.

 

L’inclusivité exclusive ou l’exclusivité inclusive qui accompagne ce « vous » qui vous désigne peut toutefois compliquer mes intentions et contribuer à soulever des débats non moins intéressants sur votre identité en tant que destinataires. Comment, par exemple, prétendre viser en même temps dans un seul message un ensemble de personnes si distantes les unes des autres, éparpillées géographiquement, socialement, économiquement, politiquement et idéologiquement ?  Ne s’agit-il pas là de négliger le principe de l’intérêt en commun, critère fondamental dans la définition d’un groupe d’humains ? Non. Je ne vous vois non pas comme un groupe constitué mais plutôt comme des potentiels isolés et différemment neutralisés qui évoluent dans une pluralité de mondes-clos devenus narcissiques pour avoir développé un trop fort sentiment d’autosuffisance intellectuelle et comportementale. C’est à travers la mouvance de votre dispersion progressive, au cœur d’une observation portée sur votre dos-à-dos silencieux et inconscient que nait cette idée de vous adresser ce présent message qui, éventuellement, peut provoquer de votre part un certain déni ou/et une rationalisation spontanée et, au final, un sentiment de non-responsabilité. Vous pouvez ne pas vous sentir concerné(e)s et entourer le bienfondé de la présente d’une kyrielle de points d’interrogation en rouge ayant la forme de zéros barrés ou encore rechercher dans vos annales d’acteur(trice)s, une sorte de suffisance pour brandir une justification qui, selon vous, vous donne droit à une tranquillité d’âme et d’esprit devant notre annihilation collective. Je ne voudrais pas m’attarder trop aux mécanismes de défense, non conscients par nature, qui sont susceptibles d’être mobilisés face à ce texte qui peut paraitre tout à fait nuisible parce que porté sur une problématique complexe voire compliquée qui est celle de l’engagement réel et systématique des intellectuel(le)s que vous êtes dans une dynamique de changement de l’état de fait en Haïti à un moment où l’on assiste à une dégringolade sans frein dans presque tous les domaines.

 

Point n’est besoin de chercher midi à quatorze heures dans la temporalité de notre réalité existentielle de peuple pour trouver des parcelles de raisons justifiant l’intérêt que je porte à vous écrire, Chers-Chères Intellectuel(le)s. Les conditions d’existence de la plus grande majorité de la population haïtienne suffisent à décrire notre situation quoique nous en profitions encore pour vérifier les limites d’élasticité de notre résilience ou de notre résistance, je ne sais pas trop quelle notion est mieux appropriée pour exprimer notre ajustage sans fin dans le dénuement. Notre pays __ je ne sais pas si notre peuple l’est aussi __ est longtemps classé comme le pays le plus pauvre de l’Amérique et cela ne semble rien signifier à notre oreille collective. Et cette identité de « pauvre » associée désormais à celle d’ « assisté » ne fait que suivre chaque Haïtien dans ses interactions avec d’autres personnes ayant d’autres nationalités. Je ne veux pas faire une extrapolation hâtive mais je dirais que beaucoup d’haïtiens, pour avoir dit leur nationalité, ont fait l’expérience de rejet ou d’un étiquetage latent ou dévoilé de la part d’autres personnes d’autres nationalités. Par stratégies identitaires, puisqu’il est question de toujours défendre sa dignité dans le jeu des altérités, certains mettent en avant l’idée de l’exploit  de nos ancêtres, un acquis qui tend de plus en plus vers son effritement étant donné sa discordance avec nos actes actuels. D’autres essaient de réaliser des prouesses savantes pour déconstruire à l’entendement de qui veut l’entendre la notion de pauvreté, profitant du caractère équivoque de celle-ci. C’est normal de ne pas vouloir avaler cette notion à forte charge idéologique sans la mâcher dans un moule réflexif qui soit capable de nous permettre de questionner ses contours. Dans une telle perspective, nous pouvons nous demander quel paradigme de la pauvreté est mis en branle pour qu’Haïti soit en tête de ce classement ? Un inversement de cette question est tout aussi valable : dans quel paradigme de la pauvreté Haïti ne sera pas classée le pays le plus pauvre de l’Amérique et l’un des pays les plus pauvres du monde?

 

Honorables Intellectuel(le)s, il n’est pas du tout nécessaire d’être spécialiste dans je ne sais quel domaine de savoir technique ou/et scientifique pour constater qu’Haïti est malade jusque dans ses moelles de pays ; c’est peut-être la chose la plus banale qui soit perceptible à ce stade de sa dynamique historique. A moins que nous soyons frappés d’une cécité psychique ou d’une surdité de conscience, nous sommes tous au courant de miettes de faits exprimant constamment les maux et la puanteur de notre mode de fonctionnement politique. Les symptômes de notre maladie sont énormes, profonds et malodorants. Nous sommes ravagés par la corruption généralisée, le népotisme, l’obsession monomaniaque pour l’avoir et le pouvoir, le commerce  de l’âme, l’indifférence face aux devoirs, la déresponsabilisation, la démagogie, la politicaillerie fonctionnelle, la déraison du politique, la diversion, le chantage, la propagande, la paranoïa, la trahison, l’incongruence, la mendicité d’Etat __ et donc une mendicité en collectif ? __, une panne de vision, la mégalomanie, la ruse machiavélique, etc. Tous ces symptômes contribuent à poser les vraies bases de ce qu’un ami appelle une ambiance de « prostitution politique » qui tend à suppléer la politique dans le vrai sens du terme (compris comme  l’organisation et la gestion de la chose publique), si elle ne l’a pas encore totalement effacée en Haïti. Cette « prostitution politique » se manifeste presque inlassablement à nos yeux et oreilles, dans l’interaction des hommes et femmes politiques de la place qui adhèrent presque tous-toutes obséquieusement à la « stratégie caméléonne » quand il s’agit de défendre quelques intérêts personnels ou pour être en conformité avec le système corrupteur, avilissant et aveuglant. Défense-de-sa-peau oblige… Si l’on devait rester dans un nombrilisme centripète pour axer notre compréhension de la Politique exclusivement sur l’ici et maintenant du fonctionnement de notre pays, on pourrait penser que la vraie définition de cette notion-domaine prend son sens dans la création et la perpétuation du marasme, dans la recherche éhontée  des moyens de son pouvoir pour toujours administrer ce dit marasme, lui donner forme afin qu’il garde perpétuellement son nom et sa permanence. Une administration de la honte !

 

Chers-Chères Intellectuel(les) de mon pays, comprenez bien quand je vous parle d’ « administration de la honte ». Détrompez-vous si vous pensez que la chose publique est gouvernée ; notre pays est malheureusement à la dérive et c’est justement ce qui fait que l’impossible y soit inimaginablement toujours possible. Les vrais problèmes de la nation ne se posent pas ; on s’accroche exprès au ridicule pour masquer le fondamental et s’y démarquer. Si je vous parle de la « maladie » du pays, cela ne signifie pas pour autant que je sois dans une approche médicale de la réalité sociale. J’ai voulu tout simplement vous permettre de vous représenter à cet instant l’image de l’agonie d’Haïti qui s’envole à l’œil nu à travers  les temps et lieux de notre décrépitude. La majorité de la population vit dans la misère ; elle se trouve toujours face à de grands défis : trouver de quoi se nourrir normalement, avoir accès à l’eau potable, à l’électricité, à la scolarisation, aux services de santé de qualité, à l’emploi, aux loisirs, etc. On constate une dégradation systématique de notre environnement, l’inefficacité de l’appareil étatique même dans la collecte des taxes des contribuables, une très grande dépendance économique et politique __ sinon une soumission quasi-totale __  envers la communauté internationale, un chômage accru, un accroissement considérable de la population, une extension totalement anarchique de nos villes, une justice bancale fonctionnant suivant une logique deux poids deux mesures, un phénomène de détention préventive prolongée traduisant sous vos yeux contemplatifs « l’enfer absolu » des déshérités supposés-coupables, une école en décadence qui reproduit le système corrupteur, un effondrement des valeurs éthiques, une absence de repères ou/et de modèles en termes d’un véritable leadership dépouillé de toute démagogie populiste, etc.

 

Malheureusement, Chers-Chères Intellectuel(les), se sont là, entre autres, des indicateurs du chaos actuel de notre condition de peuple ; la majorité des Haïtien(ne)s en sont conscient(e)s et éprouvent le malaise de devoir continuer à vivre dans une situation si écœurante et révoltante. Les grandes masses toujours défavorisées en sont si conscientes qu’elles avancent une déduction : les intellectuel(le)s ont bel et bien échoué. Ce prétendu « échec » des intellectuel(le)s __ et donc le vôtre __, souvent bien utilisé comme outil logique dans la manipulation des masses à des fins politiques,  se trouve associé à un discours à résonnance grandissante qui se fait ressentir dans l’expression « Lekòl pa bay ». Et ce discours trouve un argument  pour être maintenu, pour se renforcer et convaincre d’avantage d’esprits : « Si lekòl te bay, se pa bè Ti Malice ta al fè ». Il tend d’autant plus vers une certaine évidence et une acceptation partagée que s’accroit le nombre de jeunes universitaires diplômés qui continuent de vivre à la merci de leurs parents, faute de pouvoir trouver de l’emploi. Cet argument peut bien sembler trivial car allant à l’encontre d’une forme de pensée de type rationnel dont vous vous servez lorsque vous réfléchissez. Cependant, aussi insignifiant qu’un tel raisonnement puisse risquer de paraitre à vos yeux, il va de pair avec une certaine forme de réalisme dans la matérialité des faits relatifs à la quotidienneté de la vie de ceux qui le soutiennent. Si nous fouillons dans les pages très récentes de notre histoire de peuple __ sans demander à notre mémoire à long terme de se transposer au temps de notre grand Anténor Firmin __ nous pouvons facilement trouver des éléments factuels qui peuvent nous permettre de vérifier les effets de ce raisonnement sur la scène politique.

 

N’y a t-il pas dans un pareil raisonnement une sorte d’implicite lié à la place des intellectuel(le)s que vous êtes dans la dynamique socio-économique et politique du pays ? Si oui, quel serait le rôle d’un(e) véritable intellectuel(le) aux yeux des masses défavorisées haïtiennes au nom desquelles les chaudières politiques montent toujours au feu illusionniste de l’espérance ?

 

Je suis tenté de formuler l’hypothèse du constat chez la population haïtienne d’un certain intellectualisme désœuvré de votre part, ce qui contribue à alimenter ce type de discours de nullité sur l’école, ascenseur social et moyen d’émancipation. Cette représentation de l’école perçue comme institution non rentable __ une non-rentabilité  débordant un cadre exclusivement économique __ se trouve paradoxalement étayée par l’absence des solutions probantes des institutions étatiques aux problèmes réels de la population, lesquelles institutions dirigées par des hommes et des femmes instruits qui profitent au contraire de leur position pour s’enrichir. Cette assimilation des décideurs politiques __ des hommes et des femmes formés, appelés voleurs-à-vestes, plus dangereux que les petits raquetteurs ou des voleurs de graines-de-banane __ à des corrompus est généralisée au sein de la population et peut facilement s’observer par exemple dans notre art contemporain (musique, théâtre, etc).

 

On peut dès lors bien comprendre qu’il ne saurait y avoir homogénéité dans la catégorie d’intellectuel(le)s et que même le système dont il est ici question détient ses propres intellectuel(le)s qui le reproduisent tel qu’il est, de manière consciente ou inconsciente, volontairement ou involontairement. Une grille de lecture gramscienne peut bien être ici mobilisée pour appréhender ce fait. Il y a en ce sens un ensemble d’intellectuel(le)s qui travaillent assurément pour faire perpétuer notre système politique tel que décrit précédemment pour pouvoir consolider les intérêts d’un groupe d’individus au détriment des grandes masses.

 

L’enjeu devient de taille, Honorables Intellectuel(le)s, quant à la précision dont je dois faire preuve en vous choisissant comme destinataires. En effet, comment pourrais-je prétendre demander à des hommes et des femmes qui tirent leurs intérêts dans la décadence de notre système politique de s’engager dans une dynamique de changement de ce même système qu’ils-elles cherchent à reproduire même au prix de leur âme et de leur lucidité ?

 

Honorables Intellectuel(le)s, il va sans dire qu’en tant que mes destinataires, vous êtes considérés non pas comme étant du côté de ceux qui perpétuent l’administration de la honte mais plutôt du côté de ceux qui en ont conscience, s’indignent, se révoltent se mettent prêts à consentir d’énormes sacrifices pour s’engager dans un combat visant le renversement de cet état de fait pour que nous puissions freiner notre effondrement collectif, nous émanciper véritablement et recouvrer notre dignité d’hommes et de femmes libres et responsables. Je sais que vous êtes nombreux-euses à vous retrouver dans cette catégorie. C’est une véritable bataille politique qui doit être menée par une population haïtienne consciente et engagée avec vous à ses côtés dans la recherche du bien commun, dans sa lutte pour une véritable démocratie où les dirigeants politiques seront toujours contraints de rendre des comptes et, donc, ne pourront pas tout se permettre, où les lois ne resteront pas des lettres mortes mais seront pensées, votées et appliquées avec discernement dans un climat de respect, d’honnêteté envers soi-même et envers autrui. Ce n’est pas forcément une lutte contre un gouvernement en place (à ne pas négliger quand c’est vraiment nécessaire) ; c’est plutôt un mouvement permanent d’engagement citoyen où les populations sont accompagnées dans le processus de leur libération  par vous, les Intellectuel(le)s, qui participez à leur instruction, leur formation civique et politique, leur accompagnement continu sur la route de la démocratie, ce qui implique de leur part une connaissance de leurs droits et devoirs, de la clairvoyance pour ne pas être instrumentalisées dans/par la propagande politicienne. Je crois fermement que la majorité de la population attend une telle dynamique et qu’elle peut faire preuve de foi et de confiance envers les véritables intellectuel(le)s qui s’engagent à ses côtés, créent avec elle un espace de dialogue lui donnant la possibilité de s’exprimer, de partager ses déboires, ses appréhensions, ses aspirations, ses savoirs, ses méthodes d’influence sur la chose politique. Contrairement à une prénotion qui soutient que le peuple haïtien est analphabète et donc naïf, je reste convaincu qu’il croit plutôt que ce sont des idées novatrices qui doivent précéder des actions concrètes de transformation de ses conditions. La population haïtienne accorde une importance à vos savoirs et savoir-faire, Chers-Chères Intellectuel(le)s. Si elle tend de plus en plus à se démarquer de vous, c’est parce que vous êtes trop distant(e)s d’elle dans vos réflexions de mille hauteur ou profondeur. Un cercle vicieux de distanciation est ainsi créé entre vous sans que vous ne puissiez vous en apercevoir : à mesure que vous restez sur votre piédestal de penseurs-penseuses pour produire votre haute et majestueuse pensée très souvent déconnectée, elle reste isolée dans ses conditions désastreuses et perd toute confiance non seulement en vous mais aussi en ses propres potentialités et en son pouvoir d’agir, s’éloigne de plus en plus d’une action collective émancipatrice. De ce cercle vicieux découle tout un ensemble de représentations, d’illusions, de références, de logiques erronées, de présupposés, d’argumentaires inhibiteurs qui tendent à justifier de manière non consciente une résignation collectivement partagée devant un mal qui vous oblige à nous plaindre tout bas dans votre isolement, à vouloir adopter une stratégie de fuite, à toujours voir dans les jours passés un idéal partiel à regagner tellement  la vitesse de notre déclin est grande.

 

Levez-vous, Honorables Intellectuel(e)s. Unissez-vous d’abord. Pensez, proposez, débattez sur les méthodes de votre engagement auprès de tous les indignés qui attendent à ce qu’ils trouvent de la force pour se soulever contre l’inacceptable. Allez auprès de la population, établissez dans les quartiers de multiples cellules de travail, impliquez-vous dans les discutions et actions citoyennes. La très grande majorité de la population haïtienne n’arrive pas à digérer notre dégénérescence permanente ; je comprends que l’engagement réel des intellectuel(le)s que vous êtes aux côtés des masses dans une perspective visant leur accompagnement vers une véritable émancipation est le seul moyen qui puisse nous permettre de sortir de notre agonie. Votre travail ne sera pas sans péril ; comprenez-le bien. Ne vous laissez pas décourager ni intimider ; une fois votre engagement constaté auprès de la population, vous ne ferez qu’attirer des gens honnêtes adhérant volontairement à votre travail. Tant de personnes attendent le déclenchement d’un tel travail pour apporter leur contribution au relèvement d’Haïti ! Avec vous et auprès de la population, Chers-Chères Intellectuel(le)s, vous aurez à vos côtés d’autres intellectuel(le)s avérés, des étudiant(e)s, des écolier(ère)s qui s’engageront avec enthousiasme dans le seul objectif de participer au redressement de notre barque qui grouille sans cesse selon les extravagantes imaginations du vent de désespoir. Elaborez une philosophie de pensée et d’action qui serve de ciment et de moteur à votre travail émancipateur. Je sais que vous en êtes bien capables, Chers-Chères Intellectuel(le)s. Revendiquez aux côtés de la population de meilleures conditions d’être et de vie et vous aurez une plus grande influence positive sur notre pays. Je ne sais pas si je remplis les conditions pour être un intellectuel mais je sais que je suis prêt à m’engager avec d’autres personnes partageant mon point de vue pour poser des actions visant l’avancement de mon cher pays.

 

Avec espoir que vous allez comprendre la pertinence de votre réel engagement en Haïti pour un meilleur lendemain pour nos progénitures, et cela non sans embûches, je vous prie de recevoir, Honorables Intellectuel(le)s, où que vous soyez, mes patriotiques salutations.

 

 

 

 

 

Crédit : Evenson Lizaire/CANAL+HAITI

 

Email : canalplushaiti@yahoo.fr

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