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Haiti/Media: Haïti victime de “la pornographie humanitaire”.

Written on:avril 15, 2013
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NDLR.- Pierre SALIGNON, Directeur Général de Médecins du Monde

Pierre Salignon

Pierre Salignon,  est juriste de formation. Entre 2008 et 2009, il a collaboré avec l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en tant que directeur de projet du « Health and Nutrition Tracking Service » (HNTS), une initiative inter agences internationales travaillant sur la collecte et l’analyse des données de santé et de mortalité en situation de crise. Il a travaillé pour l’association Médecins Sans Frontières entre 1992 et 2007, en occupant des fonctions de coordinateur sur le terrain en ex-Yougoslavie, avant de devenir responsable de programmes au siège parisien, puis directeur général de la section française du mouvement international de MSF (2003-2007). Dans ce cadre, il a notamment été amené à témoigner devant la mission d’information parlementaire sur le massacre de Srebrenica et a participé à de nombreuses prises de parole publiques.

Il est l’auteur de nombreux articles sur l’humanitaire et les problématiques de secours, et a publié en 2002 avec Marc Le Pape du CNRS un livre aux éditions Karthala intitulé Une guerre contre les civils, réflexions sur les pratiques humanitaires au Congo Brazzaville (1998 – 2000).

Il est notamment membre du comité de rédaction de la revue Humanitaire et collabore ponctuellement avec le site d’information en ligne Youphil.com. Il  cherche depuis à apporter à cette réflexion la caution du terrain, de l’enquête et celui des faits à partir desquels aucune réflexion sur l’humanitaire n’est possible.

Pierre Salignon n’est pas médecin. Il a été formé à « l’école MSF » qui continue d’allier une grande technicité humanitaire acquise « sur le terrain » avec une réflexion rarement prise en défaut. En témoignent, bien sûr, les efforts théoriques de Rony Brauman, mais également l’ensemble de la réflexion que mène dans son sillage la fondation MSF .

En le recrutant, Médecins du Monde fait donc un double pari : celui d’une direction compétente sur le plan humanitaire et gestionnaire sans pour autant être médicale, mais aussi celui d’un rajeunissement de ses cadres supérieurs. C’est le premier infléchissement à noter.

Trois ans après le tremblement de terre qui frappa Haïti en janvier 2010, le cinéaste haïtien Raoul Peck dresse un bilan accusateur de l’aide internationale: “Assistance mortelle”. Actuellement, Directeur général de Médecins du monde, Pierre Salignon réagit à ce documentaire plein de colère.

Que pensez-vous du documentaire “Assistance mortelle” ?

C’est un film très dense, compact comme un coup de poing et d’une grande force émotionnelle. Un documentaire à charge et volontairement polémique, qui n’hésite pas à parler de « pornographie humanitaire », traduisant une perception présente en Haïti et portée ici par Raoul Peck, un témoin privilégié de la scène politique haïtienne et de ses dérives.

C’est aussi un appel salutaire à refonder le système de l’aide pour le rendre respectueux des attentes de ceux qui en bénéficient. Une dénonciation du contournement de l’Etat haïtien par l’aide au développement et à la reconstruction, qui fait des Haïtiens des assistés sans pouvoir de décision, ni véritable pouvoir d’influence.

Prôneriez-vous pour autant une distribution directe de l’aide à Haïti ?

Sur le principe, Raoul Peck a raison de considérer que l’argent devrait être versé à l’Etat haïtien. Sur le terrain, c’est un peu plus compliqué. Oui, ce sont les communautés qui devraient prendre leur destin en main ; et ce discours, Médecins du monde le tient aussi. Mais est-ce vraiment possible, quand les capacités de cet Etat sont réduites à néant ou presque ? Des milliers de fonctionnaires ont péri dans le séisme et tous les ministères, sauf un, ont été mis à terre.

D’un autre côté, ça ne justifie pas qu’on en fasse un argument pour écarter, comme on l’a fait, les Haïtiens dès les premières réunions de coordination, qui se sont tenues en anglais. Ni pour se garder de verser les milliards promis par les bailleurs internationaux, faute d’un Etat fort.

Où en est aujourd’hui Haïti ?

Au milieu du gué, comme le montre le film, entre promesses et reconstruction, entre révolte et lassitude. Les ­Haïtiens n’attendent plus après l’aide internationale. Ils reconstruisent les ­bidonvilles et se débrouillent comme ils l’ont toujours fait, en pratiquant le système D. Mais la crise haïtienne est l’une de celles qui ont donné lieu au plus grand nombre d’évaluations et dont on a le plus de leçons à tirer. A commencer par la nécessité de faire de chaque État frappé par une catastrophe un interlocuteur obligé de l’aide internationale.

 

Crédit: Telerama/FranceCulture/CANAL+HAITI

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