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Haiti/Politique: La dilapidation des fonds PetroCaribe par le gouvernement Martelly.- Part 5

Written on:mars 22, 2015
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peUn parfum de manipulation traverse tout le rapport intitulé «  La transformation d’Haïti à travers les grands travaux de reconstruction avec les fonds PetroCaribe  ». Un vrai album de photos pour reprendre cette expression du sénateur de l’Ouest Steven Y. Benoit qui, déjà en 2013, dénonçait de graves anomalies dans l’utilisation des fonds du programme PetroCaribe. Le sénateur de l’Ouest avait alors défrayé la chronique par sa critique des manipulations des fonds PetroCaribe. Dans son entendement, « L’objectif de l’équipe Tèt Kale est de gaspiller plus de 430 millions de dollars prélevés des fonds de PetroCaribe pour octroyer des contrats de gré à gré. Dans beaucoup de cas, des montants importants sont alloués à des projets qui n’ont aucun rapport avec l’état d’urgence comme les 5 millions de dollars pour la rénovation urbaine de Hinche ou les 12 millions pour le dragage des exutoires de la baie de Port-au-Prince [1]. » En d’autres termes, la gestion des fonds PetroCaribe dissimule une démarche à caractère mafieux.

Depuis 2012, le déficit fiscal annuel dû aux dépenses extravagantes et improductives du gouvernement (voyages incessants à l’étranger, carnavals, célébration d’anniversaire de prise du pouvoir, personnel pléthorique dans les ministères et ambassades) est financé par les fonds PetroCaribe. Il n’y a pas de répartition et d’allocation efficace de ces ressources financières rares. Les priorités sont rarement établies et, quand elles le sont, elles ne sont pas respectées, car la gouvernance ne respecte pas la loi de finances. Au fait, il s’agit d’un projet de loi car le budget n’est pas voté par le parlement. L’État de droit est remplacé par l’État sauvage avec la neutralisation des effets bénéfiques que les fonds PetroCaribe auraient pu avoir sur l’économie.

À ce propos, les deux leviers de commande sont les divertissements et la corruption dans les dépenses publiques. Des fêtes sont organisées à tout bout de champ au cours desquelles le gouvernement puise dans la caisse publique pour payer tous les frais (nourriture, boisson, musique, transport, cadeaux, etc.). « Le cap est mis sur la fête, remarque le journaliste Roberson Alphonse. L’état d’urgence qu’a souhaité décréter Wilson Laleau à cause, entre autres, de la raréfaction des fonds PetroCaribe et d’autres ressources, est tranquillement éjecté de l’actualité même si, dans la réalité, des ressources manquent au Trésor public [2]. » L’adage chinois veut que « le poisson pourrit par la tête ». L’effet Bautista s’est révélé contagieux avec « en trois ans : six carnavals pompeux pour donner du plaisir au peuple, mais également pour satisfaire les caprices du prince…

Des dépenses somptueuses pour l’anniversaire du chef de l’état. Des investissements publics improductifs, un programme social, sans doute nécessaire, mais très couteux… Il fallait s’y attendre [3]. »

Les fonds PetroCaribe sont utilisés comme une vraie caisse noire en attente des situations d’exception pour violer la Constitution, pour passer outre le Parlement qui seul peut déclarer l’état d’urgence, et pour distribuer des enveloppes garnies sous forme de contrat de gré à gré ! Il n’y a aucun calcul économique dans les données présentées par le gouvernement. Aucune information ne transpire sur la production des valeurs en dollars qui résulterait éventuellement de l’augmentation de la production générée par les investissements financés avec les fonds PetroCaribe. Or justement il faudrait avoir les résultats détaillés de ces calculs pour démontrer la performance du projet et la bonne utilisation de ces fonds. Autrement, la présentation est nulle et inadmissible.

On s’explique que les musiques carnavalesques les plus populaires regorgent d’anecdotes sur les déboires et infractions qui s’accumulent dans la gestion des fonds PetroCaribe ainsi que les tribulations d’Haïti sous le joug des bandi légal déguisés en hommes d’État. Ces roitelets ont confisqué tous les pouvoirs afin de se faire de l’argent et vice versa. Ils ne mettront pas longtemps pour se rendre compte qu’ils se sont grandement trompés. En effet, ils vont bientôt savoir « Ce que l’argent ne saurait acheter » [4], comme le démontre avec brio Michael J. Sandel, ce philosophe américain de l’université Harvard.

Les bailleurs de fonds avaient exprimé leur réserve sur l’utilisation cavalière des fonds PetroCaribe et avaient déclaré : « Pour ce qui est des fonds PetroCaribe, du fait qu’ils sont sous le contrôle du pouvoir central et que toutes les transactions sont inscrites dans les comptes budgétaires, les projets PetroCaribe ne sont pas systématiquement intégrés dans le Plan d’investissements publics du gouvernement, et leur comptabilité n’est pas totalement transparente, d’autant que leur répartition en dépenses courantes et dépenses d’investissement est confuse. En outre, le système actuel omet une part importante des flux financiers affectés aux fonctions traditionnelles de l’État qui sont directement financées par des bailleurs de fonds. Cette absence de système fiable de suivi et de reddition de comptes empêche de suivre les résultats globaux des investissements, d’améliorer les taux d’exécution budgétaire et la programmation des investissements futurs [5]. »

Une gigantesque mystification Le tableau 2 indique le gaspillage de plus d’un milliard de dollars par le gouvernement Martelly dans son utilisation scandaleuse des fonds PetroCaribe. Pour être précis, il s’agit d’un gaspillage de 1 333 503 670 dollars. Ce montant est même supérieur au 1 205 962 328 correspondant aux sept résolutions finançant les 234 projets présentés dans le rapport . La raison de cette différence de 128 millions de dollars vient du fait que le Trésor public et la banque centrale ont aussi participé au financement de la bamboche des pillards. Sous des apparences de rigueur, le rapport du gouvernement Martelly fait des simplifications irréalistes et fallacieuses et constitue une gigantesque mystification.

Les fonds PetroCaribe destinés à des projets d’investissement pour augmenter la croissance et le développement sont déviés vers des projets sociaux sans aucune rentabilité ou encore vers la subvention des pertes de la compagnie EDH [6] à hauteur de 200 millions de dollars par an. 550 millions de dollars provenant des fonds PetroCaribe ont été ainsi gaspillés pendant trois ans. Il y a souvent double emploi. Par exemple, comment expliquer que la mise en place de la plateforme du logiciel pour le programme PSUGO soit financé à partir des fonds PetroCaribe alors que le financement pour le PSUGO est assuré par les fonds collectés à travers les appels téléphoniques provenant de l’étranger et la taxation des transferts ? Des pratiques abusives qui ont produit plus de mal que de bien. C’est le carnaval de la corruption rose des fonds PetroCaribe. Haïti est couverte de dettes. Le pays est plumé et vidé.

Stop et retour en arrière. Le cas des projets de logements sociaux est aussi déconcertant. Dans le cas du projet au Morne-à-Cabris, « plusieurs centaines de déplacés occupant encore les espaces publics et privés ne souhaite pas habiter cette zone malgré leurs conditions de vie difficiles [7]. » Les logements construits sont considérés comme « de petites cages ou des tombes » [8]. Les résultats escomptés sont contraires au but convoité qui était d’aider les victimes du tremblement de terre et de donner une bonne impression. La mauvaise gestion a fait qu’en janvier 2015, « les maison neuves sont à l’abandon » [9]. Pathétique ! Aussi troublant est le constat à la page 167 dudit rapport que le bureau d’études qui a réalisé ce document ainsi que les autorités concernées n’ont pas réalisé que l’écriture de la ville de « Verrettes » n’était pas exacte. Ça ne fait pas très sérieux d’écrire « Verret » ! Pas question de se cacher derrière le créole qui, de toute façon, écrit « Vèrèt ». C’est le moindre service qu’on puisse rendre aux habitants de l’Artibonite que d’écrire le nom de leur ville correctement.

Il est aussi navrant de constater l’esprit de servilité et l’ignorance des individus qui n’ont pas manqué de saluer positivement ledit rapport. On peut comprendre les consciences qui ne peuvent résister à l’emprise des miettes qui leur sont tombés dans la bouche. Ou encore la crainte d’autres qui craignent pour leur vie avec une bande d’assassins qui sèment la terreur pour caporaliser et lumpeniser tout le monde. Toutefois, ce mélange de cynisme et de veulerie n’augure rien de bon pour la société haïtienne. À côté des individualités aux capacités personnelles déficientes, il y a une approche concertée de malveillance. Ce ne sont pas de simples abus solitaires mais des maux structurels. Nous avons fourni des preuves évidentes de la dilapidation des fonds PetroCaribe. Tout en sachant que la possession de l’information ne change pas nécessairement les attitudes et comportements, nous estimons que le reste est de la responsabilité du peuple haïtien.

Depuis sa prise du pouvoir, Martelly a démontré qu’il est lui-même un agent de la subversion contre son gouvernement. Pourtant, il été plusieurs fois averti, notamment par son propre cousin Richard Morse qui s’est démarqué de son pouvoir corrompu. Heureusement que ce dernier n’a pas eu le sort du mulâtre Delpêche, aide-de-camp de l’Empereur. Annonçant à Dessalines le 16 octobre le soulèvement contre lui démarré par le Noir Messerou, juge à Port-Salut, Delpêche fut qualifié de traître par l’Empereur et assassiné le même jour à Saint-Marc [10].

Aujourd’hui, Martelly veut organiser des élections tèt chat afin de s’assurer de la victoire d’un candidat qui garantit son impunité. Le CEP qu’il a mis en place a déjà montré la couleur en déclarant que les résultats des élections présidentielles ne seront proclamés que huit jours après la clôture du scrutin au premier tour et dix jours après pour le deuxième tour. Un délai de dix jours est aussi imposé pour la proclamation des résultats des législatives et sénatoriales. Le temps de faire toute les magouilles nécessaires pour garder intacte la machine qui produit lesbandi legal. Il s’agira de déclarer vainqueurs un candidat à la présidence et des parlementaires capables de brouiller les pistes pour empêcher de comprendre les combines réalisées avec les fonds PetroCaribe. Mais personne n’est dupe. Tous les citoyens qui refusent d’accepter de vivre dans un sous-monde et de baigner dans la fange ont un haut-le-coeur devant ce calendrier électoral. La subtilité de la mise en scène des cyniques aventuriers du gouvernement Martelly qui ont orchestré le gaspillage des fonds PetroCaribe ne saurait séduire quiconque. Le peuple haïtien ne restera pas éternellement à genoux et saura se relever un jour.

[1] Radio Télévision Caraïbes, Urgences juteuses sans contrôle parlementaire, 30 avril 2013.

[2] Roberson Alphonse, « La cigale Martelly », Le Nouvelliste, 27 février 2015.

[3] Haïti Press Network (HPN), « L’État n’a plus un sou en caisse », 12 avril 2014.

[4] Michael J. Sandel, Ce que l’argent ne saurait acheter – Les limites morales du marché, Paris, Seuil, 2014,

[5] Don à l’appui de la politique de développement en faveur de la reconstruction et de la croissance économique, Banque mondiale, 26 juin 2013, p. 22.

[6] Inter-American Development Bank, HAITI, Institutional Transformation and Modernization Program of the Energy Sector – II (HA-L1073), june 6, 2012, p. 6 ; Lire aussi Haiti Public Expenditure Management and Financial Accountability Review, World Bank, 2008, p. 10. Lire enfin Léontes Dorzilmé, Electricity of Haiti : The Case of a Failed Finance and Budgeting Management, Walden University, August 2014 ; Leslie Péan, « L’État contre le citoyen dans le domaine énergétique en Haïti (1 de 3) », AlterPresse, 5 février 2015

[7] H.M., « Les constructions au Morne-à-Cabris : des logements pu des abris ? », Le Nouvelliste, 9 janvier 2013

[8] « Haïti-Séisme-3 ans : Les camps restent encore les plus effroyables témoins du drame », AlterPresse, 11 janvier 2013

[9] Emmanuelle Latraverse, « Reconstruction en Haïti : des maisons toutes neuves à l’abandon », Radio Canada, 9 janvier 2015,http://ici.radio-canada.ca/nouvelle…, 2015.

[10] Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, Tome 3, imprimerie Deschamps, Port-au-Prince, 1989, p. 401-402. Lire aussi Beaubrun Ardouin, Études sur l’histoire d’Haïti, Tome sixième, Paris, 1956, p. 72.

Credit; Leslie Pean

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