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Haïti/Québec/Diasporama: Robert Berrouët-Oriol et les hautes exigences de la poésie.

Written on:août 4, 2013
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ROBERT BERROUËT-ORIOL ET LES HAUTES EXIGENCES DE LA POÉSIE

ParHugues Saint-Fort

New York, le 21 juillet 2013

 Texte paru le 22 juillet 2013 sur le site Potomitan (Martinique-Suisse)

Sur DÉCOUDRE LE DÉSASTRE suivi de L’ÎLE ANAPHORE

Poésie, par Robert Berrouët-Oriol

Editions Triptyque, Montréal, 2013

 

Robert Berrouët-Oriol

Robert Berrouët-Oriol a la poésie dans le sang. Il vit par et pour elle. Le monde de la poésie lui rend bien cette passion pour un art qui de tout temps a toujours été d’une exigence maximale. Il suffit pour s’en convaincre de rappeler que le gouvernement  de son pays d’adoption, le Canada, l’a nommé membre du prestigieux Prix de poésie du Gouverneur général du Canada en 2012.  En France, en 2010,  il a obtenu le très convoité Prix de poésie du Livre insulaire d’Ouessant pour POÈME DU DECOURS paru aux Editions Triptyque de Montréal. Ce livre, la même année, a également été finaliste du Prix du Carbet et du Tout-Monde en France.

Dans DÉCOUDRE LE DÉSASTRE suivi de L’ÎLE ANAPHORE, sa plus récente fiction poétique, Berrouët-Oriol nous captive d’abord par le côté majestueux et le côté somptueux de sa langue. Par définition, le fictionnel est ce qui n’existe pas, ce qui a été inventé. C’est pourquoi il se déroule le plus souvent dans des textes narratifs forgés de toutes pièces par des auteurs qui nous mènent au fil de leur intention. Mais, comment la poésie lyrique peut-elle constituer de la fiction ? Quel type de rapport avons-nous avec la fiction ? En fait, tout se passe au niveau de l’œuvre elle-même, de la langue ou du langage du texte. C’est elle qui nous rattache avec la fiction. Peu importe la nature du genre littéraire en question, roman, poésie, théâtre, nouvelle… On comprend dans ce cas la vraie nature de notre commerce avec la fiction.

La poésie de Berrouët-Oriol nous introduit dans l’univers de la littérature fictionnelle  d’abord par le biais du langage. La poésie est langage, le langage est poésie. D’où l’importance de la maitrise des pratiques linguistiques de la littérarité :

              Oyez oyez ma langue en rut

à sourdre mortifères failles

cadavéreuses de pile en pile

draine carnaval de mots

contre la matrice bavarde des alphabets

à l’encan halluciné

 aux tarlatanes de la scène-séisme 

 

Et que dire de cette strophe dont la splendeur semble se perdre dans un lointain inconnu pour réapparaitre toujours plus proche et plus vive :

flambée de glaise

mes jets de migrance

artillent muettes raies

majestueuse

lactescente oblation

pour ma leste ardeur à cantiquer feulement

ô salines suintées de haute prosodie

 

L’absence totale de ponctuation qui est devenue l’une des règles de la poésie contemporaine se donne libre cours dans la poésie de Berrouët-Oriol et semble ne gêner nullement l’expression linguistique tout au long du recueil.

Si DÉCOUDRE LE DÉSASTRE est entièrement rédigé en vers libre, L’ÎLE ANAPHORE qui le suit est formé de longs poèmes en prose qui semblent nous plonger au cœur de la poésie fictionnelle. En voici un passage :

‘’un jour qui ne ressemble à aucun autre jour un dire-à-deux a proféré ses grêles leurres sans crier gare et la neige amie mal-aimée a recouvert de tendresse ce dé qui roule vers son destin il n’eut pas lieu rien rien hors l’extinction de ta voix un détour de page logicielle mène mêmement à l’écho de toi’’

Au terme de cette lecture, certains pourraient taxer la poésie de Berrouët-Oriol d’impénétrable ou d’incompréhensible ou peut-être même d’obscurité. Pour le premier reproche, il y a certainement matière à discuter. Un texte peut être impénétrable sans pour autant être incompréhensible car c’est le propre de la poésie contemporaine de ne pas se laisser « ouvrir » facilement et de réclamer des « clés ». Quant au reproche d’obscurité, je doute qu’il puisse tenir le coup. En effet, la poésie est par-dessus tout lumière.

 ___________

Note de Robert Berrouët-Oriol

Hugues Saint-Fort, docteur en linguistique (Paris III-Sorbonne nouvelle) et spécialiste de la créolistique, est critique littéraire au Haïtian Times de New York depuis plusieurs années. Il est co-rédacteur en chef de la revue savante Francographies, la revue de la Société des professeurs français et francophones d’Amérique (SPFFA) dont il est le Secrétaire général. Il contribue de manière régulière aux forums de discussion de la diaspora haïtienne et a publié, entre autres, une importante étude intitulée « Creole-English Code-Switching in New York City » dans le livre The Haitian Creole Language. History, Structure, Use, and Education  coordonné by Arthur K. Spears et Carole Berotte Joseph, New York : Lexington Books, 2010. Corédacteur de L’aménagement linguistique en Haïti : enjeux, défis et propositions (Éditions du CIDIHCA et Éditions de l’Université d’État d’Haiti, 2011), il est également l’auteur de l’essai Haïti : questions de langues, langues en questions publié en juin 2011 aux Éditions de l’Université d’État d’Haïti.

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