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Haïti/Société: Que faire pour Haïti ?

Written on:décembre 5, 2012
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Image d'archives (Crédit: courtoisie AlterPresse)

Que faire pour Haïti ? Que faire pour le peuple haïtien ? Que faire d’un pays qui a laissé depuis deux siècles s’accumuler un tel retard ? Que faire pour s’en sortir ? Que faire pour construire ? Que faire, au milieu des ruines, de la misère, de l’incurie, de l’épidémie de choléra qui progresse ?

L’Etat a disparu… Il n’y a pas d’Etat.

Bien sûr, historiens, nous le savions, qu’il n’y a pas d’Etat. Il n’y a jamais eu d’Etat, faut-il remonter dans le temps, jusqu’en 1804, pour s’en convaincre ? On le découvre clairement depuis janvier 2010. Une telle constatation pourrait servir de base de réflexion.

Sans Etat, à quoi donc sert l’élection d’un président ? Quelle République ?

Déchirons le décor en carton pâte, abattons les murs qui subsistent, si lézardés… Osons regarder la situation en face. Haïti n’existe pas ? Le cadre est faux. Les constitutions sont des illusions. Les hommes politiques, des charlatans, des fripons, des escrocs, voire des assassins.

Mais le Peuple, le peuple haïtien, il existe. Et c’est lui qui nous intéresse. Que faire pour l’aider à survivre, à résister ?

Comment venir en aide à toutes ces braves personnes, hommes et femmes, qui abandonnent la plaine de l’Artibonite, les marécages, les collines déboisées, les solitudes sordides du littoral pour s’empiler dans la capitale ? Comment les protéger du manque d’hygiène de la saleté, du manque d’eau potable ? Comment combattre la faim et vaincre les maladies ? Que faire contre les groupes étrangers qui se multiplient et cherchent à profiter de la situation pour s’enrichir ? Trafics d’organes, trafics de sang, trafics d’enfants et d’adultes. Trafics en tous genres sur le dos du peuple haïtien. Les étrangers s’abattent comme des vampires sur une population décimée, traumatisée… Les sectes, les mouvements étrangers se repaissent, dévorent à belles dents, taillant, tailladant dans ce vivier d’enfants innocents offerts en pâture aux pires charlatans qui se réclament du ciel, alors qu’ils sortent de l’enfer !

Que peut-on faire, sans Etat ! Sans la participation d’une élite compétente, généreuse et courageuse ? Il en existe, des hommes et des femmes, formés et vivant à l’extérieur, désirant agir, offrir leur contribution. Le problème qui se pose : comment peuvent-ils participer, devenir opérationnels dans un pays si délabré ?

Les dirigeants politiques, depuis 1804, ont laissé se creuser un écart devenu abyssal, entre une population délaissée, prise en mains par des forces occultes, et ceux qui s’enrichissent impunément. Ceux qui ont la possibilité de payer des études à leurs enfants à Harvard, au MIT ou à la Columbia de New York.

Comment aider une population que j’admire pour son courage, sa résistance, sa volonté d’exister ? Elle a su trouver des lignes de fuite, des lignes de force aux Caraïbes, en Guadeloupe, à Saint-Martin, en Guyane, à Cuba, aux Amériques, en Europe, voire en Afrique.

Que demander à ces Haïtiens réfugiés, sinon de revenir ? Aux enfants de ces dirigeants, titrés, diplômés des universités US. Qui, parmi eux – hormis quelques cas de jeunes sans emploi aux USA et en Europe – accepteront de vivre dans le pays de leurs ancêtres, un pays qu’ils ne connaissent pas et qui n’a pas de société, de gouvernement et de structure politique pour les accueillir ?

Un pays où la canaille politique, les gangsters armés possèdent un pouvoir local.

A quoi servent des élections présidentielles qui affichent comme d’habitude, depuis des décennies, cette cohorte de candidats, tous dotés d’un appétit de pouvoir incommensurable… ? A quoi sert donc cette mascarade politique ? Derrière ce théâtre d’ombres et de guignols pour adultes : une pièce qui se termine toujours mal, avec les coups portés au peuple, sans défense…

Que faire pour stopper le mécanisme de cette machinerie qui sème l’effroi, la dictature, la mort ?

Toutes ces questions concernant Haïti se posent avec insistance. Des réponses existent. Le choix d’un mode et d’une voie de développement appartient aux forces vives du peuple haïtien et à lui seul. Un peuple qui a la lourde charge d’arracher encore une fois son indépendance, comme en 1802-1803. Mais, cette fois-ci, deux siècles plus tard, en se débarrassant d’une couche de dirigeants « politiciens » véreux, qui, pour s’accrocher au pouvoir, se font les complices d’une occupation étrangère qui cherche à apparaître sous les traits d’une aide internationale.

Le temps n’est-il pas venu d’arrêter de rêver, d’écarter fermement les naïvetés et de chercher des solutions pratiques ? De commencer enfin par le commencement : c’est-à-dire de protéger les hommes et les femmes haïtiens des entreprises oppressives d’une occupation militaire tenue en laisse par les Etats-Unis. Les troupes US semblent invisibles. Mais pour qui sait voir, en se plaçant par exemple le long de la frontière avec la République Dominicaine… ce sont les USA qui manipulent la MINUSTAH. Ce sont eux, les USA, qui contrôlent la situation politique, économique et diplomatique de Haïti. Ce sont eux qui, finalement, possèdent les clefs du développement ou de la stagnation de ce pays. Il est clair aux historiens qui connaissent l’aire des Caraïbes, que les USA ont choisi de garder Haïti sous les ailes de l’aigle. Entre ses griffes.

Crédit: Oruno D. Lara

 

Oruno D. LARA (Crédit photo: O.D.Lara)

N.D.L.R.- Oruno D. LARA est historien. Il est de nationalité française. Le chercheur a créé et dirige le Centre de Recherches Caraïbes-Amériques (CERCAM) fondé en 1982 à l’université Paris X – Nanterre en tant qu’Axe prioritaire de recherche, devenu huit ans plus tard une association de chercheurs.

Les recherches y portent sur l’Histoire des Caraïbes, Esclavage, Traite négrière, Abolitions, histoire de l’Afrique, du Panafricanisme. Il anime également le Comité « De l’Oubli à l’Histoire » et organise périodiquement les journées d’étude et les colloques du CERCAM. Il dirige les séries EspacesCaraïbes et Cimarrons, ainsi que la collection d’ouvrages du CERCAM.


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